« PROHIBITION » SUR LE COURS JULIEN: ON Y VOIT DOUBLE

Plus d’alcool dans les alims du Plateau après 20h, 6 mois plus tard, ça a servi à quoi ? Visiblement, pas à grand chose.

Nous sommes le premier mercredi du mois, et c’est le rendez-vous du CIQ (Comité d’Intérêt de Quartier) Cours Julien-La Plaine. Chargé de faire le lien entre les riverains et les officiels, cette réunion d’une dizaine de personnes où tout le monde se connaît bien, revendique depuis longtemps un quartier plus calme et des fêtards plus respectueux. Et ne sont pas étrangers à la mise en place de l’arrêté municipal qui interdit la vente d’alcool dans les alimentations après 20h. «Des jeunes viennent, boivent sur les bancs jusqu’à l’ivresse très avancée, ce qui pose des problèmes à la fois d’ordre sanitaire mais aussi de sécurité», expose M. Gay, le président. Indéniablement, la pisse d’un mec bourré sur sa porte, ou du verre éclaté sur les places publiques, ça n’est pas la meilleure publicité pour le quartier.

Reste que ce petit comité d’une moyenne d’âge qui tire allègrement vers le troisième, ne semble pas avoir pour intérêt principal la vie nocturne et la fête dans le quartier le plus vivant de Marseille. On y entend des phrases assez intéressantes, comme un cocasse : « Les boîtes de nuit qui ouvrent font trop de désagrément, je suis désolé, mais une boîte, ça ferme à 2 heures du matin ! », ou l’insolite « Les gens qui travaillent n’ont pas besoin d’une alimentation de nuit ». On a même une anecdote de M. Gay, qui raconte avoir été ravi qu’une table dans le patio de la Cantinetta, célèbre adresse du bas du Cours Ju, ait été rappelée à l’ordre car trop exubérante et hilare.

Photo: Edouard Hartigan
Photo: Edouard Hartigan

Malgré tout, personne ici n’est satisfait de cette mesure, pas respectée, pas suffisante. Ce qui soulève une question  : qui en est satisfait ?

Sûrement pas les gérants de ces fameuses « alims » qu’on trouve à tous les coins de rue. « T’imagines toi, on t’enlève ton gagne-pain comme ça, du jour au lendemain ? ». Celui-ci est bien remonté. Et anonyme, évidemment  : « Je me mange assez d’amendes comme ça ». Parce que, bien sûr, il met un rideau devant ses bouteilles après le couvre-feu, mais un rideau, ça s’écarte facilement. « A un moment donné, je force pas les gens à acheter à boire le soir. Si je suis là avec beaucoup d’autres, c’est qu’il y a de la demande… ». Sans compter que ce type de commerce est très répandu et bien connu dans le centre ville de Marseille. Quelques minutes de marche à peine, et il est possible de se procurer tout tranquillement de l’alcool et de revenir le boire, ce que les amateurs de pack de bière sur un banc de la plaine savent parfaitement…

Un bilan en demi teinte donc, pour une disposition pour le moins controversée. Le préfet de police, M. Nunez, le concède également: « Il apparaît que la réglementation sur l’interdiction de vente d’alcool et le principe de la dissimulation des alcools passé 20 heures ne sont pas toujours respectés.» Tout en tenant à rappeler que la sécurité reste la priorité, et que ces interventions souhaitent s’inscrire dans le cadre d’un quartier plus sûr. «Les contrôles effectués par les effectifs de police sur le secteur du cours Julien l’ont été dans le cadre de leur service normal, et ne se sont pas faits au détriment d’autres missions».

Toujours est-il qu’après un semestre d’interdiction, la consommation d’alcool dans ces rues ne semble pas avoir réduit, que les commerçants se plaignent, que les soucis de sécurité semblent toujours présents. La seule chose qui semble faire l’unanimité: le grand test arrivera d’ici quelques mois, en même temps que les beaux jours.

Iliès Hagoug

2 Réponses à “« PROHIBITION » SUR LE COURS JULIEN: ON Y VOIT DOUBLE”

  1. Il faudrait des chiffres pour étayer le propos. Et toujours : il ne sert à rien de s’en prendre à l’âge de ce fameux comité CIQ. Ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on est pour les interdictions stupides !

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