REPORT: GAME « 1992: BLOCK WARS TOUR » @ CABARET ALÉATOIRE

Voici Antoine (son prénom a été changé). Pour de sombres raisons d’amour propre, Antoine a choisi de conserver un relatif anonymat. Vous ne connaitrez donc pas sa véritable identité. Tout ce qu’on peut vous dire c’est qu’Antoine a 30 ans, une profession intellectuelle et qu’il aime la musique. De son propre aveu, il n’est jamais passé par la fameuse phase rap, pas même au cours de son adolescence. Avant ce soir, Antoine n’avait jamais entendu parler de Game.

Je vous entends tous me dire « je m’en beurre les noisettes de cet Antoine, je suis pas venu ici pour lire la bio d’un gros payot ».

J’en conviens, c’est un peu déstabilisant comme introduction pour un report de concert de rap. Sachez simplement que d’une, Antoine est un mec cool, et qu’il n’a vraiment rien d’un payot. Et de deux, on a pensé que c’était pas notre pire idée que de vous faire revivre le concert de ce géant du rap US à travers les yeux d’un authentique noob du rap.

Pour des raisons évidentes d’intégration express au public hip hop, la rédaction s’est mise dans la peau de Cristina Cordula pour un street-relooking. Après un petit passage sur un générateur de blaze hip hop, l’imagination nous faisant défaut, on vous présente donc Killa Beat.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis
The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis
The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Les plus capables d’entre-vous reconnaîtront Antoine, habillement transformé par nos experts grâce à un camouflage hip hop imparable.

On loupe la majorité de la première partie, à cause de l’AMI qui organisait un apéro pro dans un autre endroit de la Friche Belle de Mai. L’AMI s’occupait par là-même gratuitement de faire grimper le taux d’alcoolémie de Killa Beat pour l’aider à se mettre dans la peau du personnage, et du mien, mais ça c’est ce qu’on appelle dans le jargon: un dommage collatéral.

Lorsque, peu de temps avant le début du concert, je demande à Killa Beat comment il se sent en rappeur, sa réponse fuse: « je me sens blackberry » dit-il en pianotant sur son téléphone obsolète de la même marque. La première chose qui me passe par la tête à ce moment là, c’est qu’on s’est peut-être pas assez focalisé sur le côté « pro » de cet apéro, et que le cubi de rouge n’était sans doute pas l’unique interlocuteur avec lequel on aurait dû échanger. En voyant ma tête, Killa Beat précise « Blackberry dans tous les sens du termes, genre comme les baies noires tu vois? C’est dangereux quoi, faut pas les manger ». Ok, en fait Killa Beat est à point. Je suis rassuré.

Sur la liste des découvertes de la soirée, on compte bien sûr la rencontre entre Killa Beat et le Rap US, mais surtout : le Picon Bière à la carte du Cabaret. Dire que j’étais passé à côté toutes ces années. Du coup, après une pinte ou deux du brevage, Killa Beat parlait anglais. Ya pas à dire, pour se mettre à l’anglais, WallStreet English c’est de la merde à côté du Picon Bière.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Game débarque sur scène en tranchant direct dans le vif du sujet. L’originalité de la tournée « 1992: Block Wars Tour » tient au live band tout droit sorti de la West Coast qui fait un taff remarquable sur scène. Killa Beat jète un oeil autour de lui « ya que des ricains », il semble impressionné mais reprend très vite ses esprits: « ya plein de meufs que tu voies pas dans les soirées normales, faut que je me déguise plus souvent ». Peu après ça, Killa Beat semble entrer dans une profonde introspection, je me demande s’il s’interroge sur la raison qui pousse certains musiciens à exagérer leur importance et leur pouvoir et comment il gère la découverte de l’egotrip; après vérification c’est juste une gorgée de Picon bière qui avait du mal à passer.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Game assure un sacré show, et entre ses titres et les covers de grands classiques du rap US, cette soirée hip hop nous transporte tout droit en Californie. On est dans le pur old school et le son est puissant, la soirée démarre fort. Jusque là, on se dit que ça fait un baille qu’on l’a pas entendu mais qu’il est vraiment toujours dans le game (pardon).

Lors d’un ravitaillement, Killa Beat, heureux, m’informe : « quelqu’un que je connais ne ma pas reconnu ». Il est comme un poisson dans l’eau et commence à faire mine de se prendre pour une star du Hip Hop, il parle un anglais approximatif aux personnes qui l’entourent. J’espère que je n’ai pas créé un monstre et qu’il ne va pas commencer à chercher une biatch avec le plus gros cul du monde et demander à rentrer en Maybach. Lorsqu’il repère un mec avec un selfie stick, Killa Beat se tourne vers moi pour me préciser « c’est pas du tout hip hop ça ». Ça y est, Killa Beat a rencontré le Hip Hop.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis
The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Game est vraiment là pour défendre son dernier album. Il déploie une énergie considérable qu’il communique au public sans mal. Il n’est définitivement pas là pour faire seulement acte de présence. Tout sa passe merveilleusement bien, et je sens bien que par moment Killa Beat a des étoiles dans les yeux. Seulement voilà, Game sort la vodka.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis
The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Le Game en valait-il vraiment la chandelle (pardon bis) ? Un concours démarre entre Game et son backer pour savoir qui en boira le plus, cul sec. Le backer descend la moitié de la bouteille, mais le patron ne s’arrête pas. Game sort gagnant avec un bon 2/3 de bouteille englouti. Après une petite recherche sur Internet, je découvre qu’il a conclu son concert de la même façon à Lyon, la veille. Autant dire que j’aimerais pas être son foie à la fin de la tournée. Ou son foie tout court.

Forcément, après un tel exploit, l’envie d’aller cuver / gerber / se taper une groupie en loge avec une demi-molle (rayer les mentions inutiles) a pris le pas sur l’envie de poursuivre le concert, et Game est parti au bout de 40 minutes de show, sans dire au revoir. Ce fut court mais très intense.

The Game en concert – 1992: Block War Tour @ Cabaret Aléatoire – © Mariam St-Denis

Killa Beat sort de ce concert titubant, heureux d’avoir découvert Game et ses facilités à ingurgiter des quantités astronomiques de vodka. On lui laisse deux jours pour retourner à la vie civile et se remettre de ses émotions avant de lui demander son avis sobre sur l’expérience qu’il a vécu:

« Je ne vais que rarement voir des concerts, encore moins quand il s’agit de Hip Hop. Je trouve que le format n’est finalement pas si amusant et la performance du Game a duré moins d’une heure ! Le public jouait des coudes pour ne pas se faire doubler. Je n’ai pas l’habitude de ces us et coutumes… En revanche, l’expérience de travestissement fut un réel plaisir. Je pensais que j’allais être l’attraction et victime de moqueries. À ma grande stupéfaction, je me suis fondu dans la masse. Voire encore mieux, le public se demandait qui j’étais avec ma photographe et mon agent… Comme une impression d’être à la croisée des délires de Sacha Baron Cohen et des caméras cachées de François Damiens. »

Vous ne croiserez donc surement pas Antoine lors d’un prochain concert de Rap. Parce que malgré la courte durée du concert, c’était particulièrement lourd.

TOUTES LES PHOTOS DU CONCERT – © MARIAM SAINT-DENIS

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