MARSATAC 2016 : ÇA HURLE OU ÇA ABOIE?

Le festival Marsatac s’est terminé dimanche matin, sous le feu des basses sourdes et compactes de Marcel Dettman, et l’heure est venue de tirer le bilan de cette édition 2016. Un exercice d’autant plus essentiel que le festival – rendez-vous de la rentrée depuis 17 ans – donne le « la » à tout un pan de la vie culturelle locale. Alors, juste après l’annonce de changements profonds pour l’édition 2017, Marsatac, « entre chiens et loups » ou le cul entre deux chaises ?

Une fois de plus, Marsatac a été une réussite indéniable. Prétendre l’inverse reviendrait à faire preuve d’une mauvaise foi digne de la rentrée politique française, alors rien ne sert de tourner autour du pot. On s’est régalé, on a dégusté chaque instant de cette dernière édition à la Friche Belle de Mai, et on est certain que beaucoup d’entre vous (et d’entre nous) ont passé un week-end riche en émotions, en litres de bière et en ont pris plein les yeux et les oreilles. Le tout dans une organisation sans (trop) grands remous, notamment en termes de respect des heures de passage, ce qui est assez rare pour être noté.

Des changements nous avaient été promis pour cette année, et il y en a eu quelques uns. L’évènement, apparemment stabilisé sur deux grosses soirées précédées d’une série de rendez-vous d’introduction, a vu le retour en fanfare d’une réelle programmation hip-hop regrettée l’année dernière. La volonté était visiblement d’en proposer un peu pour tout le monde, et ça n’a pas raté. Les grosses têtes d’affiche ont fait un pont logique entre les fans de old school et de nouveau, à savoir Ghostface Killah & Raekwon, et Flatbush Zombies, (qui ont fait péter la Cartonnerie comme ça n’avait pas été fait depuis DMX). Le groupe Panama Bende comblait quant à lui la case des nouveaux venus, tandis que Djel et ses invités ont emballé le tout avec la légitimité marseillaise et celle des tontons, pour rappel Djel était à l’affiche de la première édition. On n’oublie pas Lady Leshurr, qui a galvanisé le public du club, le compromis scènique redoutable de Marsatac depuis maintenant plusieurs éditions, en embuscade entre la cartonnerie et le Cabaret.

© Mariam Saint-Denis
© Mariam Saint-Denis
Personnalités multiples ?

 

Le Festival Marsatac est né hip-hop. Il est vite devenu un lourd cocktail de rock, de hip-hop et d’électro, avant de faire une crise d’adolescence techno l’année dernière. Cette année, il y avait une soirée hip-hop, et une soirée techno, servies soigneusement de manière bien séparées. Pas aussi anodin qu’on pourrait le croire.

Pour ce qui est du samedi, la soirée a agréablement rempli son contrat, sans pour autant faire beaucoup plus de zèle. Si le line-up pouvait donner (à raison) envie, les performances se sont parfois révélées en demi-teinte, à l’image d’un Richie Hawtin dont le live consistait davantage en une scénographie spectaculaire un brin mégalomane qu’en une performance musicale digne de son nom. C’était lui qui occupait l’espace, au milieu de la scène, à contre-jour, ses machines disposées à sa droite et à sa gauche. Il était là pour être vu, plutôt admiré, aidé par l’éclairage qui donnait l’impression d’une apparition divine. C’était clairement plus le personnage que le musicien qui a joué sur la scène assourdissante de la Cartonnerie. Quoi qu’il en soit, ce samedi ne manquait pas de l’atmosphère Marsatac et on est toujours ravis de constater que la diversité du public du festival résiste même à une soirée Techno, alors que les gros évèntements du genre attirent en général une population beaucoup plus homogène.

Marsatac 2016 - © Raoul Photography
Marsatac 2016 – © Raoul Photography

Si les prestations de Flavien Berger, French 79, Paranoid London ou encore Chris Liebing ont clairement fait le taff, on regrettera l’absence d’une scène regroupant les jeunes pousses locales, comme ça avait pu être le cas lors des éditions précédentes. On pense – entres autres – aux « jeunes » collectifs qui font vivre cette scène toute l’année à Marseille et qui n’attendent qu’une petite étincelle pour exploser, et qui brillaient cette année par leur absence.
N’empêche qu’il y avait de quoi s’amuser, malgré les sempiternels problèmes de sonorisation, on pense évidemment à la Cartonnerie. Pas grand chose à faire vu la taille et la configuration de la salle. Mais le Parc Chanot est au mieux aussi difficile, au pire bien plus compliqué sur cette question. Car, autre bon point, la disposition des lieux était d’une rare souplesse, et il n’y a rien à dire, Marsatac et La Friche matchent aussi bien que pastis et glaçons.

Car c’est bien ça qui soulève le plus d’interrogations : Marsatac au Palais des Congrès, en juin, deux jours après la fête de la musique, ça laisse sceptique. Le festival qui sert de vitrine à tout un Marseille souvent invisible, bulle d’air de la rentrée, est désormais un festival de début d’été au sein du plus impersonnel des lieux marseillais. Forcément, on s’inquiète. À Rennes, les Rencontres Transmusicales ont réussi à conserver une identité forte en déménageant  dans un Parc des Expositions. Alors espérons qu’ici le festival saura gérer le déménagement et le nouveau calendrier artistique. On est un tantinet inquiet, mais s’il y a un évènement qui peut surmonter tout ça, c’est bien Marsatac.

Pour conclure, on ne se cache pas d’avoir pris un pied monstre pendant Marsatac. Il s’agit toujours du festival le plus attendu de l’année à Marseille par toute sa jeunesse pour une raison, et elle est simple  : il est le plus marseillais des festoches. Et peut-être que ça nous rend encore plus exigeants.

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