Séverine Mattéi : « On expérimente la mixité dans le réel » – focus sur l’AFTER de la Fiesta des Suds

Séverine Mattéi est co-programmatrice, co-directrice artistique et chargée de production à la Fiesta des Suds où elle oeuvre depuis 18 ans. Elle revient pour nous sur ce qui fait de la Fiesta un festival unique du paysage festif marseillais, et plus spécifiquement sur l’After qui réanimera le dancefloor du Dock des Suds samedi 12 octobre pour une nuit pas comme les autres.
Et si t’arrives jusqu’à la fin de l’article, tu trouveras des invits pour l’After 🙂

 

 La Nuit Magazine : Peux-tu nous présenter l’After de la Fiesta des Suds ?   

Séverine Mattéi : C’est la deuxième année que nous proposons une After sur ce format-là, c’est une volonté très forte parce que la Fiesta des Suds a toujours été un festival qui finit par des nuits blanches. Historiquement, nous avons d’ailleurs été parmi les premiers à proposer des grandes soirées électro, dès 1993. Il était impensable pour nous de terminer une édition à 2 heures du matin, et c’est l’une des contraintes du J4. La Fiesta à toujours terminé au petit matin au Dock des Suds avec la Bodega. L’horaire de fermeture officiel tournait autour de 4 heures, mais très souvent elle rouvrait peu après et je me souviens avoir terminé des soirées à 8 heures du matin.
Cette année, samedi 12 octobre, nous proposons au public de quitter le J4 à la fin de la soirée pour se rendre au Dock des Suds jusqu’à 5h. L’entrée est gratuite sur présentation du billet d’entrée du J4, et pour ceux qui ne souhaitent venir qu’à l’After c’est possible aussi dès minuit, nous avons une billetterie sur place à 10 euros.

A quoi va ressembler la couleur musicale ? 

On n’a pas eu envie de faire simplement une soirée clubbing parce que ce n’est pas notre identité. On a voulu proposer une programmation qui ressemble au festival jusqu’au bout de la nuit. La Fiesta mélange les gens, les genres et les générations aussi bien dans le public que sur scène. Avec cette After on retrouve une vraie diversité à l’affiche avec par exemple Sang 9, dj de 20 ans avec un style très électronique et Dj Marco qui a 60 ans et qui anime la Bodega depuis toujours. La spécificité du festival c’est de tout mélanger, et c’est d’expérimenter le vivre ensemble. Il y a des gens et des artistes qui ne se rencontrent qu’à la fiesta.
On retrouvera également à l’affiche Pom Pom Boy, le directeur de Tsugi Radio pour un set Techno et le collectif Maraboutage dont l’univers musical est très large. Une scène sera d’ailleurs dédiée à leur sorcellerie musicale.

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 C’est important pour la Fiesta de puiser parmi les talents locaux ? 

C’est très important, on essaye de le faire à chaque fois. On l’avait déjà fait l’année dernière en laissant une carte blanche à Dj Rebel. Plus largement, on l’a toujours fait, en invitant par exemple le label Chinese Man dès ses débuts. On retrouve cette envie dans la programmation du J4 avec cette année Dj Oil, Fred Nevché, Baja Frequencia, Selecter The Punisher, fkclub ou Tony Swarez avec son Walkabout SoundSystem.

Il y a un très grand affect entre le public, les artistes et la Fiesta, il y a un lien puissant. Pour nous, créer des liens avec les artistes locaux c’est important parce qu’on veut que ce festival appartienne à tout le monde, aux artistes comme au public. Et on est d’ici, on a ce rôle là de faire rayonner les artistes locaux.

Ce type d’événement a quasiment disparu de la programmation du Dock des Suds, à quoi pourra-t-on s’attendre sur place ?  

Pour l’After, on va ouvrir le Cabaret et un espace juste à côté, la Nueva Bodega où on a voulu recréer l’espace Bodega. On a imaginé notre implantation dans le Dock des Suds pour qu’il soit possible d’y déambuler.
L’After attaquera dès minuit dans la Nueva Bodega avec DJ Marco jusqu’à 2h, puis Pom Pom Boy de 2h à 4h et Sang 9 au closing de 4h à 5h. L’espace Cabaret ouvrira à partir de 2h avec Maraboutage aux manettes jusqu’à 5h.

Est-ce que l’After est aussi une façon de conserver un pied au Dock des Suds?

Le Dock des Suds c’est notre point d’ancrage, on y est depuis des années, on a construit et développé le festival là-bas. Aujourd’hui, le Dock des Suds c’est un peu le village gaulois au milieu de ce quartier qui se transforme avec pas mal de bureaux et beaucoup de béton. On a souhaité conserver l’idée de pouvoir y faire la fête. 

L’année dernière pour la première c’était plein à craquer avec entre 1000 et 1500 personnes. Le public a naturellement suivi du J4. On ne savait pas du tout comment ça allait marcher et on s’est aperçu qu’il y avait une vraie adhésion et qu’un public venait même spécifiquement pour l’After. A partir de 2 heures c’était plein.

Le Dock a longtemps été un repère dans la vie nocturne locale. Avec l’évolution de la ville, comment vois-tu évoluer sa fête ?

Elle est vaste et en mouvement. Je vais avoir un peu de mal à t’en parler mais ce que j’observe c’est que les collectifs sont de plus en plus nombreux et qu’il y a de plus en plus d’organisateurs de soirées. Même s’il y a de nombreuses contraintes, les habitants sont créatifs, les collectifs sont multiples et ils se développent et se réinventent sans cesse.
Je suis assez positive et je trouve que la scène marseillaise est très créative, et de plus en plus.

D’ailleurs, la Fiesta occupe une place à part dans la fête marseillaise. 

La Fiesta c’est un festival unique, l’un des rares festivals sur le modèle associatif qui a encore gardé ce truc là. C’est de plus en plus difficile pour les festivals d’exister et de subsister. Nous on est vraiment atypique et on va fêter notre 28ème édition. Ce qui fait la longévité c’est qu’on n’est pas uniquement un festival où le public vient voir un nom sur une affiche. Le public vient faire la Fiesta. Le festival fait partie de la mémoire collective locale, tout le monde a un souvenir de la Fiesta que ce soit il y a 10 ans ou l’année dernière. Il y a une atmosphère très spéciale, des gens se rencontrent alors qu’ils ne se seraient jamais vus dans la vraie vie. On nous parle toujours de mixité, et bien nous on l’expérimente dans le réel. Et c’est une force de pouvoir réunir des gens d’horizons aussi différents. C’est en ça qu’on est un festival populaire.

Ce truc que vous avez, il est super rare. A quoi est-ce que ça tient ?

Je pense que ça vient de la programmation mais c’est aussi l’ADN même du festival. Il y a plus de 20 ans, on mélangeait des danseurs de flamenco avec la première soirée techno à Marseille. Tu y retrouvais aussi bien les quarantenaires et quinquas que des publics plus jeunes qui allaient s’envoyer de la techno dans les hangars qu’on occupait. C’était très novateur. Depuis le début le festival a eu le souci de mélanger les publics. Et on voit que ça continue. On a réalisé des études de public, et toutes les classes d’âge sont quasiment représentées à part égale, c’est unique.

Cette diversité complique un peu la programmation parce que réussir à parler à un public aussi large est un casse-tête. On ne peut jamais savoir à qui ça va plaire.

Notre déménagement au J4 est positif, même s’il nous a été imposé. Ça nous donne un second souffle, ça nous oblige à nous réinventer et c’est une bonne chose pour un festival de cet âge là de se recréer et de se mettre en danger. Le public ne vient pas pour une tête d’affiche et c’est ce qui fait notre force. Sur le J4, on souhaite sur-investir ce lieu nu pour créer une ambiance et offrir des espaces de déambulation. Cette année il va y avoir de belles surprises avec la scénographie. Ce site est magnifique et on va lui apporter de la chaleur avec des éclairages monumentaux et des rubans. Il y aura plein de choses à découvrir sur place.

La Fiesta dans 10 ans, elle ressemblera à quoi ?

C’est impossible de répondre, elle est tout le temps en mouvement. Elle a changé de lieu, de format, elle est mouvante, j’espère qu’elle sera totalement différente de maintenant. Et tant mieux si je ne sais pas ce que le festival va devenir. 10 ans c’est tellement loin, même dans 6 mois tout peut changer. La on ne sait pas encore ce qu’on va faire l’année prochaine. Il y a deux ans on a dû rebondir. L’année du feu, lorsque le Dock des Suds a brulé, on était à un mois de la Fiesta, on a du recréer le festival ailleurs. Ça fait partie des imprévus.

Je suis optimiste parce que c’est l’un des rares festivals qui ressemble à la ville. Dans un monde un peu formaté où il y a de plus en plus de partenaires privés, le public suivra toujours un festival qui reste à échelle humaine et on compte bien conserver cette relation avec le public.

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Infos pratiques :

AFTER FIESTA DES SUDS @ Dock des Suds – 12, rue Urbain V (2ème) – sam. 12 octobre – 00h/05h
Tarif :
10€ sur place, gratuit sur présentation du billet de la Fiesta du samedi soir

Plus d’infos dans l’événement Fb

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Pour tenter de remporter l’une des 2 places en jeu pour l’After :

  • Il te suffit de commenter notre publication sur Facebook.
  • N’hésite pas à liker ou  partager en confidentialité public le jeu concours de La Nuit Magazine pour avoir plus de chance d’être sélectionné !

Un tirage au sort aura lieu vendredi 11 octobre, et les résultats seront communiqués par MP Fb ou mail aux gagnants.

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