SOUL STEREO : « LA MUSIQUE JAMAÏCAINE ÉVOQUE LA RÉALITÉ SOCIALE D’AUJOURD’HUI »

« One Love », « Jah Rastafari », « Pull Up » voilà le genre de phrases que l’on pouvait entendre vendredi à la Dub Station de Vitrolles. Pour sa cinquième édition, le festival a convié les vétérans du reggae à faire la fête au Domaine de Fontblanche. Johnny Osbourne, Michael Prophet, Vibronics, mais aussi Soul Stereo, l’un des premiers sound system français spécialisé dans la musique jamaïcaine et les featuring. On a d’ailleurs interviewé Fatta, l’un des membres, afin d’en savoir plus sur cette culture si particulière.

 Comment a été créé Soul Stereo ?

Au début des années 1990, Reecko et moi on étaient vendeurs chez Patate Records et Tarzan chez Blue Moon, deux petits disquaires parisiens spécialisés dans le reggae et la musique jamaïcaine. On était aussi tous les trois DJs. A l’époque, la matière première c’était le vinyle et nous on avait facilement accès à ce qu’on voulait. On a aussi pas mal voyagé en Jamaïque afin de ramener des vinyles de là-bas. En 1998, Soul Stereo est né.

Pourquoi le reggae plutôt qu’une autre musique ?

C’était la musique qu’on écoutait le plus quand on était ado, et qu’on avait en commun.

Qu’est ce qui te plaît dans la musique jamaïcaine ?

Ce qui me plaît particulièrement ce sont les paroles. Dans la musique jamaïcaine, les textes évoquent la réalité sociale, l’injustice, la souffrance et appellent à l’universalité. On a commencé à s’intéresser à ce style avec la musique jamaïcaine des années 60. Ce qui nous plaît également c’est la variété : il y a tellement de styles différents !

Dub Station 2017 © JB Denizot
Dub Station 2017 © JB Denizot

Peux-tu me parler de l’évolution de la culture sound-system en France ?

Au début des années 80, la conception des sound-system était influencée par la scène anglaise. Après, vu que les salles n’acceptaient pas les sonos, on les louait plutôt que d’en acheter ou d’en fabriquer. Du coup, on jouait beaucoup dans des squats. Nous on a eu a la chance d’avoir accès par le travail d’un ami à un sound-system énorme, mais sinon tout s’est développé avec la musique dub. Le mouvement s’est ensuite accéléré en 2005 avec l’arrivée des Dub Station. Et aujourd’hui, on trouve de la dub plus dans les clubs que dans les salles.

Il n’y a pas un risque que cette culture perde son identité ?

Aujourd’hui, effectivement, si tu veux exploiter ta sono à fond, tu es obligé de bosser avec l’Etat. C’est à toi de voir si tu as envie de participer à la mascarade ou si tu préfères continuer à exploiter ton côté rebelle. Le problème c’est qu’aujourd’hui, c’est dur d’amortir le prix de sa sono qui peut atteindre les 40.000 euros. Les seuls qui y arrivent c’est les plus connus genre OBF Sound System. Ça c’est pour la dub parce que dans la musique jamaïcaine c’est encore plus compliqué. C’est une scène ultra minoritaire, où quasiment personne n’a de sono.

Dub Station 2017 © Vincent Besson

A quoi cela est-il dû ?

La scène a changé et la population aussi. Quand on a commencé à faire des sons reggae, c’était différent, tout le monde se mélangeait. Aujourd’hui la scène reggae est plus homogène socialement et ethniquement parlant, notamment à cause des clubs, alors qu’à la base c’est une musique hétérogène. On parle plus aux mêmes gens. En plus de ça, la musique jamaïcaine à vachement baissé au niveau qualité depuis quelques années. C’est pour ça d’ailleurs qu’il y a beaucoup de revival.

Comment avez-vous commencé à faire des featuring ?

On est parti du constat que les artistes de la scène jamaïcaine on ne les voyait pas assez. Ils faisaient une ou deux dates maxi, et encore c’était en Angleterre. Quand les gens ont commencé à s’intéresser à eux, on y a vu une opportunité. En plus de cela, il faut savoir qu’historiquement dans les sound-sytem, il y a toujours eu des lives.

Johnny Osbourne, Capleton, John Holt, comment choisissez-vous les artistes ? 

Tout simplement, en fonction de nos goûts musicaux. On a commencé par piocher dans le label Studio One qui ont signé la plupart de nos artistes de prédilection.

Quels sont vos projets ?

Rejouer davantage à Paris et continuer à faire ce qu’on fait malgré le manque d’intérêt pour cette scène. Mais justement, je pense qu’on arrive à un moment où le « tout-dub » s’essouffle un peu, comme le « tout-électro » à Paris dans les années 1990. Dans les programmations, on revient à une musique jamaïcaine. C’est une musique qui a un fort potentiel, et y aura toujours des gens qui heureusement s’intéresseront à elle. Nous on bosse surtout avec des artistes vétérans et donc le soucis naturellement c’est qu’ils vieillissent ou qu’ils disparaissent. On peut donc continuer à faire ce qu’on fait pendant 5 ou 10 ans. Après, il faudra piocher dans la relève musicale. On verra comment ça se passe. On a la chance d’être crédible malgré le « tout-dub » et de se faire inviter à venir jouer pour présenter cette culture. On se rend compte que finalement y a la place pour tout le monde.

Dub Station 2017 © JB Denizot

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