THEATRES INDEPENDANTS : COMMENT SE PORTENT-ILS ?

Le théâtre : un mot connu de tous, plus ou moins imagé par un Tartuffe ou un Malade imaginaire. Encore mieux, ta représentation de 4ème sous les sublimes interjections du Cid Ô rage ! ô désespoir !  (au putain je ne me souviens plus du texte)”. Au-delà de ces vieux tableaux de jeunesse, le théâtre est une véritable institution à Marseille, de part son histoire, mais également par la présence de nombreuses petites salles de quartiers indépendantes. Aujourd’hui ce sont-elles qui nous intéressent, et même demain. Quel est leur avenir au sein de la ville ? Comment arrivent-elles à vivre avec une épée de Damoclès, ou plutôt celle de la crise financière au dessus de leur tête ? Nous sommes donc allés sur les planches, non pas pour faire les cons, mais pour comprendre comment les théâtres indépendants vivent ou tentent de survivre aujourd’hui.

Marseille est un théâtre à lui tout seul. Il suffit de se balader de bonne heure sur le Vieux-Port pour assister à une représentation bien locale, celle du marché au poisson. Encore mieux, le marché de Noailles. Loin du beuglement du “Poissons frais !!!!”, du “Regardez mes belles tomates Madame” ou du “Marlboro, cigarettes”, il existe des théâtres indépendants bien plus discrets dans les quartiers de la ville.

A l’heure où la crise financière est autant présente sur les visages que dans nos portes-monnaies, les théâtres indépendants sont toujours présents. Mais comment s’en sortent-ils ? C’est une des questions que nous sommes allés poser à Christophe Pecoraro, directeur du café théâtre de l’Archange, et mordu des planches depuis l’âge de 11 ans.

“ Aujourd’hui c’est devenu compliqué pour nous car ce secteur est très limité. Nous sommes sur une activité de loisir et c’est une des première économie du public.”

Depuis que Christophe a racheté l’Archange en 2008, ce dernier constate une baisse de 30 à 40% sur ses ventes. Est-ce un problème de tarif ? Peut-être. L’Archange affiche des prix pouvant aller jusqu’à 20€ pour un spectacle d’une durée moyenne d’1h-1h30, même si des tarifs réduits sont également appliqués. Là tu te dis “Putain c’est cher, je préfère rester chez moi à mater un film”. Christophe te réponds “ Quand tu possèdes un théâtre, il faut payer ton loyer, les comédiens, les techniciens, mais également entretenir ton espace. Et c’est d’autant plus dur quand tu n’as pas de subvention”.

Mike Reveau Peiffer, comédien au théâtre des Chartreux, affirme également voir une baisse de fréquentation pour les spectacles en soirée : “On remplit environ entre 40 et 50% de la salle. Pas plus”. Et quand on lui demande si le théâtre des Chartreux est subventionné par la ville, c’est de nouveau un “non” que nous entendons au bout du fil.  

« Je tiens vraiment par passion »

Parlons en justement de ces subventions. Il en existe trois : les subventions de fonctionnement où la collectivité participe au budget nécessaire pour la bonne marche de la structure, les subventions sur une action spécifique (un festival ou un spectacle en particulier) ou encore l’aide au financement des équipements. Celle qui intéresse le plus les théâtres indépendants est la première.

Certaines salles en reçoivent et peuvent ainsi assurer leur longévité ainsi que des têtes d’affiches à leur programmation. Pour te donner un exemple, le Badaboum théâtre a reçu en  2015 65 000 € de subvention. Sur la liste on retrouve également le théâtre du Gymnase avec 1 600 000 €. C’est énorme.

Pendant 3 ans d’affilé, Christophe a effectué beaucoup de demandes, monté des dossiers qui se sont toujours soldés par un refus. “A force tu baisses les bras car tu perds beaucoup de temps dans les papiers. Aujourd’hui les cours de théâtres et les spectacles adultes-enfants permettent de faire vivre mon théâtre. Je tiens vraiment par passion.”

Mike a également tenté sa chance auprès de la mairie. ” Quand nous sommes allés les voir pour faire une demande, ils nous ont répondu mot pour mot “Si vous n’avez pas de subvention vous n’aurez pas de subvention”. Rire au bout du fil, personne ne comprends cette phrase. Mais si nous creusons un peu plus loin, nous pouvons voir un message très clair à travers ces propos que Mike nous expose. “En gros pour obtenir une subvention à Marseille il faut soit être implanté dans la ville depuis très longtemps, soit avoir de très bons copains à la mairie”. Traduction : tu peux toujours courir et trouver un autre moyen de remplir tes caisses. Le pire dans tout ça c’est que la mairie ne te donne aucune raison sur le motif du refus. “Ce serait trop beau” ironise Mike.

D’autres activités pour faire vivre le théâtre

Si les spectacles du soir ont du mal à remplir les sièges, les théâtres proposent également des cours d’art dramatique, et cela fonctionne plutôt bien. Christophe compte 140 élèves dans ses cours (divisés en plusieurs groupes). Mais cette activité a un coût qui n’est pas négligeable : 500€ par an. Question : pourquoi les gens ont du mal à payer 20€ pour un spectacle mais n’hésitent pas à en mettre 500 (50€/mois) pour s’exercer sur scène ? “Ici les personnes prennent des cours de théâtre pour se faire plaisir, se faire des amis ou gagner confiance en eux. Pour être mieux dans leur peau les gens n’hésitent pas à dépenser de l’argent”. Et heureusement pour lui.

Autre service proposé par le théâtre : les anniversaires pour enfants (oui on précise au cas où tu aurais voulu te faire plaisir). Au programme, un spectacle (pour les enfants donc), un super gâteau d’anniversaire, des sodas, des bonbons. Beaucoup mieux que tes 5 ans fêté au mc do quoi. “Les anniversaires sont un plus pour le théâtre, on en fait 3 à 4 par mois selon les périodes.” Un plus, certes, mais également une très bonne stratégie de communication. “Lorsque l’anniversaire est terminé, tu as une dizaine de mamans qui viennent récupérer leur enfant. Elles visitent le lieu et repartent avec une programmation entre les mains. Tu peux être sûr qu’il y en a au moins une d’entre elle qui viendra faire à son tour l’anniversaire de son gamin ou bien venir voir un spectacle”.

Un modèle économique culturel à bout de souffle 

Le principal revenu des théâtres reste quand même les spectacles, mais aujourd’hui, il est devenu difficile de vivre uniquement avec ces recettes là. Quand nous demandons à Christophe où il voit son théâtre dans 10 ans, ce dernier a dû mal à se projeter aussi loin “Je vais tout faire pour rester là où je suis, mais pour l’instant j’essaye de voir ce que je peux faire sur les 2 ans à venir”. Si les scènes indépendantes ne peuvent compter sur le soutien financier de la mairie, elles résistent malgré tout grâce à leur passion inéluctable pour le métier. Mais pourront-elles s’en sortir encore longtemps avec leurs activités secondaires ?

Incontestablement, nous assistons aujourd’hui à un essoufflement du modèle économique culturel dû au manque d’investissement de la part des collectivités. La mairie ferme les yeux sur le potentiel d’associations et de structures culturelles qui seraient un véritable atout touristique pour la ville, surtout chez les jeunes. Rappelons qu’ils représentent 20% des voyageurs du tourisme international. Et oui ça fait réfléchir n’est-ce pas ? Alors pourquoi handicaper la ville d’une telle attractivité ?

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