VIDÉODROME 2: POUR UNE DIFFUSION CINÉMATOGRAPHIQUE ALTERNATIVE

Pari réussi : le Vidéodrome 2 a enfin ouvert ses portes sur le cours Julien à Marseille. Grâce à la création d’une SCOP, les associés ont lancé un nouveau lieu de Diffusion Cinématographique Alternative pour prolonger l’aventure du vidéoclub de la rue Vian.

Le 28 mars dernier, le Vidéodrome 2 inaugurait enfin ses nouveaux locaux. Au programme de la journée, deux projections, un Dj set et un ciné-concert. Un véritable soulagement pour les associés : après plus de deux ans de préparation, le Vidéodrome renaît avec, en plus, une salle de projection.

Retour en arrière, il y a deux ans et demi. Le Vidéodrome, dirigé par Emmanuel Vigne depuis une dizaine d’années, est alors sur le point de fermer. Son fondateur s’est vu proposer le poste de directeur du musée Méliès, à Port-de-Bouc, et ne peut plus assurer la continuité du lieu. Deux de ses salariés s’organisent et réunissent une petite équipe pour le sauver. Ils veulent sauvegarder le lieu, mais aussi faire plus : le projet ultime est d’ouvrir une salle de projection pour devenir un véritable cinéma de quartier.

08 - Façade @ Vidéodrome 2
08 – Façade @ Vidéodrome 2

« ON EST PARTIS DE ZÉRO »

Plus qu’un vidéoclub, ce sera donc un café-cinéma polyvalent, un lieu de rencontres et d’échanges à destination des cinéphiles marseillais. Ils sont six à s’engager dans l’aventure. Et s’ils sont tous liés de près ou de loin au milieu du cinéma, aucun d’entre eux n’a jamais géré un lieu ou mené à bien un projet d’une telle envergure. Justine Simon fait partie de l’équipe depuis le début du projet : « On ne connaissait rien à tout ça, on est partis de zéro, mais on avait vraiment envie que ce lieu de rassemblement continue à exister ».

Première étape : les six comparses créent l’association Solaris et rachètent le fonds de commerce du Vidéodrome. Mais tout ne se fait pas dans l’ordre : ils créent ensuite la SCOP Diffusion Cinématographique Alternative (DCA) qui rachète le commerce à l’association.

Quelques mois après, une récolte de fonds est lancée via le site KissKissBankBank. Mais pour que ça fonctionne, il y a encore du travail… Les administrateurs du site sont d’ailleurs peu confiants et leur conseillent de demander moins d’argent (20 000 euros, le maximum), mais finissent par leur laisser une chance.

Pour attirer les donateurs, il faut montrer que le projet avance. L’idée de lancer une mini-série naît. Cinq épisodes de Faster Vidéodrome 2 Kiss Kiss sont tournés au total, un mashup de films classiques pour raconter ce que sera le futur café-cinéma. Mais les premiers soutiens du projet sont évidemment les abonnés du Vidéodrome.

« Avec les copains, on sest tous mobilisés pour que le vidéoclub continue dexister », témoigne Fikri. En bobos convaincus, on na pas la télé, et on vient chercher des films tous les deux ou trois jours avec les enfants. Sans cet endroit on naurait pas de films à regarder le soir ! »Pour récolter toujours plus de dons, deux soirées de soutien sont également organisées, au début et à la fin du chantier. La motivation des six comparses finit par payer : au bout de trois mois, la cagnotte atteint enfin les 20 000 euros.

NOUVEAU LOCAL ET NOUVELLE FORMULE

Avec le nouveau local en plein milieu du cours Julien, le Vidéodrome 2 gagne en visibilité. Le nombre de nouveaux inscrits le prouve. Les abonnés de longue date s’habituent peu à peu à la nouvelle formule. Thibault est peintre et habite depuis une vingtaine d’années à Marseille.

« Ce que je regrette un peu, c’est qu’avant on se fiait au hasard. On allait fouiller dans les rayons pour ramener les pastilles des films, et au bout d’un certain temps dans ce labyrinthe on ne savait plus trop ce qu’on avait choisi, se souvient-il. Mais avec le nouveau système, ils gagnent une place folle, et l’espace libéré favorise les rencontres. »

Car désormais, les interminables couloirs remplis de jaquettes de films ont laissé place aux tablettes, disposées sur les tables du café. Le système est plus simple pour tout le monde : les abonnés naviguent directement dans le catalogue, rangé par année de sortie des films. Une fois le film sélectionné sur la tablette, ils n’ont plus qu’à aller chercher le DVD au guichet.

07 - Tablette de location @ Vidéodrome 2
07 – Tablette de location @ Vidéodrome 2

UN SEUL MOT D’ORDRE: RESPONSABILITÉ PARTAGÉE

Au Vidéodrome 2, il n’y a pas de chef, « tellement que c’est parfois un peu le bordel ». Tout le monde s’occupe un peu de tout, même si dans les faits chacun trouve peu à peu sa place et sa spécialité. Les décisions se font horizontalement et en commun, « du choix de la bière en pression à celui des films ».

Tous font partie du conseil d’administration de l’association Solaris et sont associés de la SCOP. Deux structures, donc, pour des fonctions différentes : l’association gère la programmation de la salle de projection, tandis que la SCOP DCA s’occupe du vidéoclub, de la librairie et du bar.

« Ouvrir un bar, c’était aussi faire le pari que les gens se posent en venant chercher des films. Et c’est ce qui se passe », se réjouit Justine. Nombreux sont les abonnés qui prennent un café ou une part du « quatre-quarts de Carole » (1,5€) en choisissant leur film du soir. L’idée du café-bar est née de l’envie que le Vidéodrome 2 soit plus qu’un lieu de passage, mais aussi pour des questions pratiques. Avec la location de films, le bar fournit un appui financier indispensable.

La librairie, elle, existait déjà dans l’ancien local, mais le volume de livres et de DVD est aujourd’hui multiplié par deux. Le but, c’est aussi de devenir une référence en matière de cinéma « pointu », et que les cinéphiles expérimentés viennent ici chercher des films considérés comme introuvables. 

06 - Accueil Location @ Vidéodrome 2
06 – Accueil Location @ Vidéodrome 2

Thibault s’essaie depuis quelques temps au cinéma et recherche des films pour le moins spéciaux. « Je suis venu une fois, à lancien local, pour demander des films sur le cannibalisme. Et ils ont su me conseiller ! Cest pour ça que ce genre de lieu est indispensable. »

Les projections ont commencé depuis le début du mois de mars. Pour l’instant, le rythme tourne autour de trois à cinq projections par semaine. Cela grâce à un travail en commun avec de nombreux partenaires : une quinzaine de festivals, producteurs, associations sont invités régulièrement pour des cartes blanches. La salle compte 49 places, et se remplit plutôt bien, avec en moyenne une trentaine de spectateurs à chaque séance. Un succès logique grâce aux prix qui défient toute concurrence : quatre euros pour la majorité des films, ceux projetés en association avec les divers partenaires étant la plupart du temps à prix libre. Le Vidéodrome 2 revendique une programmation non commerciale: l’équipe va chercher des films qui lui tiennent à coeur, sans attendre d’être sollicitée par les distributeurs. Le but : démontrer qu’un autre mode de diffusion est possible, local et alternatif, à mille lieues des multiplexes qui fleurissent en périphérie des villes.

Rose Nicolas

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